Le droit de subvenir aux besoins de la femme que le mari doit lui garantir | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Jeudi 17 Rabî` Eth-Thânî 1442 H - 03 décembre 2020 G



Fatwa n° 131

Catégorie : Fatwas relatives à la Famille - L'acte de mariage - Les droits conjugaux - Droits conjugaux individuels

Le droit de subvenir aux besoins
de la femme que le mari doit lui garantir

Question :

Mon mari ne tient pas compte, sérieusement, de la responsabilité de la vie conjugale qui lui incombe. Il néglige ses enfants et n’assure pas les dépenses ; il n’assure, plutôt, aucune dépense. Il passe tout son temps dans les cafés où il s’adonne aux jeux de hasard et autres jusqu’à minuit. Il est indifférent envers moi en tant que sa conjointe et la mère de ses enfants. Je n’ai trouvé de moyen pour faire face à cela que de me refuser à lui en dormant sur le sol et lui sur le lit. Après un quart de siècle, je ne supporte plus de vivre avec lui. Je vous prie de me donner un conseil qui me remontera le moral. D’autre part, quelle est la position que je dois adopter, selon la Charia, en tant que conjointe ? Qu’Allâh vous récompense.

 

Réponse :

Louange à Allâh, Maître des Mondes ; et paix et salut sur celui qu’Allâh عزّ وجلّ a envoyé en miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Cela dit :

La femme dont le mari ne subvient pas à ses besoins, ou néglige les dépenses dont il doit s’acquitter suivant le Coran, la Sounna et le consensus des savants, c’est-à-dire qu’il ne la nourrit pas, ne lui assure pas le logement et le traitement [médical] et n’est pas à son service ou autres – même si elle est riche – peut agir envers lui de deux manières :

Ou bien, elle demande au juge d’imposer au mari la dépense, et le juge la lui impose dès que la validité de la revendication de la femme soit confirmée,

Ou bien, elle prend de l’argent de son mari avec quoi elle pourra subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants à juste proportion, en étant raisonnable et en sachant estimer ses besoins, sans pour autant être abusive. Et ce, même si elle le fait à son insu, car elle a le droit à la dépense qui est un devoir du mari. Donc, elle prend son droit si elle est en mesure de le faire. La preuve établissant cela est ce que les deux Imam, Al-Boukhâri et Mouslim, et d’autres ont rapporté par l’intermédiaire de ‘Â’icha رضي الله عنها qui a dit : « Hind رضي الله عنها a dit au Messagerصلَّى الله عليه وسلَّم: “Ô Messager d’Allâh, Aboû Soufyâne est un homme avare. Il ne nous donne pas à moi et à mes enfants ce qui nous suffit sauf ce que je lui retire sans qu’il ne le sache.Le Messager صلَّى الله عليه وسلَّم répondit : “Prends de façon raisonnable ce qui te suffit à toi et à tes enfants.” »(1)

Néanmoins, il y a lieu de souligner que la femme ne méritera la dépense que si elle ne se refuse pas à son mari, le laissant ainsi jouir d’elle. Mais, si elle s’y refuse, dort toute seule et s’éloigne de lui à chaque fois qu’il la demande, elle encourra alors le péché. Ceci d’une part, d’autre part, elle ne méritera pas la dépense, car elle se refuse à lui sans raison valable. En effet, le Messager صلَّى الله عليه وسلَّم épousa ‘Â’icha رضي الله عنها deux ans avant de consommer son mariage et n’a pris en charge ses dépenses qu’après la consommation du mariage.

Toutefois, le mari demeure dans l’obligation de subvenir aux dépenses des jeunes enfants.

Cela dit, il convient de noter, également, que ce qu’endure cette femme n’est qu’un simple exemple de ce qui se passe dans cette société où la majeure partie des hommes sont négligents vis-à-vis de leurs devoirs religieux et des tâches qui leur sont assignées.

Par ailleurs, les caractères des gens et leurs moralités diffèrent. La femme perspicace et intelligente, dans ce genre de situations, accomplit ses devoirs envers son mari et lui obéit dans le bien, tout en demandant – après avoir sollicité l’aide d’Allâh – l’aide de ceux que son mari peut écouter, et qui pourraient l’influencer parmi ses proches et les hommes de son quartier, afin de le ramener vers la conduite droite et de corriger son comportement et [éventuellement] ses déviations. Elle veillera aussi à réaliser l’affection, la miséricorde et le bonheur en empruntant la voie du succès qui consiste en l’endurance, le pardon et la patience. Cela est la recommandation du Seigneur عزّ وجلّ qui dit dans le verset suivant :

﴿فَٱعۡفُواْ وَٱصۡفَحُواْ حَتَّىٰ يَأۡتِيَ ٱللَّهُ بِأَمۡرِهِۦٓۗ[البقرة: 109]

Sens du verset :

Pardonnez et oubliez jusqu’à ce qu’Allâh fasse venir Son commandement  ﴿ [s. Al-Baqara (la Vache) : v.109]

Allâh عزّ وجلّ dit aussi :

﴿ٱدۡفَعۡ بِٱلَّتِي هِيَ أَحۡسَنُ فَإِذَا ٱلَّذِي بَيۡنَكَ وَبَيۡنَهُۥ عَدَٰوَةٞ كَأَنَّهُۥ وَلِيٌّ حَمِيمٞ ٣٤[فُصِّلت]

Sens du verset :

Repousse [le mal] par ce qui est meilleur ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux  ﴿ [s. Foussilate (les Versets Détaillés) : v.34]

Et Il dit :

﴿ٱدۡفَعۡ بِٱلَّتِي هِيَ أَحۡسَنُ فَإِذَا ٱلَّذِي بَيۡنَكَ وَبَيۡنَهُۥ عَدَٰوَةٞ كَأَنَّهُۥ وَلِيٌّ حَمِيمٞ ٣٤[فُصِّلت]

Sens du verset :

Et Nous avons fait de certains d’entre vous une épreuve pour les autres – endurerez-vous avec constance ? – Et ton Seigneur demeure Clairvoyant  ﴿ [s. Al-Fourqâne (le Discernement) : v.20]

Allâh عزّ وجلّ dit :

﴿وَلَمَن صَبَرَ وَغَفَرَ إِنَّ ذَٰلِكَ لَمِنۡ عَزۡمِ ٱلۡأُمُورِ ٤٣[الشورى]

Sens du verset :

Et celui qui endure et pardonne, cela en vérité, fait partie des bonnes dispositions et de la résolution dans les affaires  ﴿ [s. Ach-Choûrâ (la Consultation) : v.43]

Espérons que l’on trouvera dans ces versets clairs ce qui remontera le moral. La femme en question doit patienter sincèrement pour la cause d’Allâh afin d’être récompensée comme Allâh سبحانه وتعالى le dit :

﴿وَٱلَّذِينَ صَبَرُواْ ٱبۡتِغَآءَ وَجۡهِ رَبِّهِمۡ[الرعد: 22]

Sens du verset :

… et qui endurent dans la recherche de l’agrément d’Allâh  ﴿ [s. Ar-Ra‘d (le Tonnerre) : v.22]

Certes, la difficulté est la cause de l’affliction, et dans les deux cas, on a besoin de patience. En effet, les bénéfices qui résultent du fait d’endurer la difficulté sont le succès, le soulagement et l’aisance. Le Messager صلَّى الله عليه وسلَّم dit : « …Et sache que la victoire accompagne la patience, que le soulagement accompagne l’affliction et qu’après chaque difficulté, il y a une aisance. »(2)

Tout cela fait partie de la grâce et de la miséricorde d’Allâh عزّ وجلّ qui dit :

﴿سَيَجۡعَلُ ٱللَّهُ بَعۡدَ عُسۡرٖ يُسۡرٗا ٧[الطلاق]

Sens du verset :

… et Allâh fera succéder l’aisance à la gêne  ﴿ [s. At-Talâq (le Divorce) : v.7]

Et Il dit :

﴿فَإِنَّ مَعَ ٱلۡعُسۡرِ يُسۡرًا ٥ إِنَّ مَعَ ٱلۡعُسۡرِ يُسۡرٗا ٦[الشرح]

Sens des versets :

À côté de la difficulté est, certes, une facilité ! À côté de la difficulté est, certes, une facilité !  ﴿ [s. Ach-Charh (l’Ouverture) : v.5-6]

Le savoir parfait appartient à Allâh سبحانه وتعالى, et notre dernière invocation est qu’Allâh, Seigneur des Mondes, soit Loué et que prière et salut soient sur notre Prophète, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection.

 

Alger, le 3 de Ramadân 1417 H,
correspondant au 14 janvier 1997 G.

 



(1) Rapporté par : Al-Boukhârî (5364), Mouslim (1714), Aboû Dâwoûd (3532), An-Naşâ’î (5420), Ibn Mâdjah (2293) et Ahmad (24231), par l’intermédiaire de ‘Â’icha رضي الله عنها.

(2) Rapporté par Al-Khatîb dans At-Târîkh (10/287) et par Ad-Daylamî (4/111-112), par l’intermédiaire d’Anas ibn Mâlik رضي الله عنه. Il est aussi rapporté par Ahmad (2803), par l’intermédiaire d’Ibn ‘Abbâs رضي الله عنهما. Cf. : As-Silsila As-Sahîha (2382).