De le sentence relative aux grèves, rassemblements contestataires non violents et manifestations publiques | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Samedi 7 Chawwâl 1441 H - 30 mai 2020 G



Fatwa n° : 320

Catégorie : fatwas relatives au Manhadj (la voie)

De le sentence relative aux grèves, rassemblements contestataires non violents et manifestations publiques

La question :

Honorable Cheikh, je suis professeur dans le secteur de l’éducation et dans les jours à venir les travailleurs du secteur vont faire grève afin de réaliser des revendications objectives. Quel est, alors, le jugement de la Charia concernant la grève ?

La réponse :

Louange à Allah, Maître des Mondes; et paix et salut sur celui qu’Allah a envoyé comme miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Ceci dit :

Les grèves de toutes sortes sont des méthodes des régimes démocratiques à travers lesquelles le peuple exerce les formes de la souveraineté absolue. En effet, pour les démocrates, la grève contre le statu quo est considérée comme un phénomène juste par lequel on réforme la situation politique, sociale et professionnelle en le faisant évoluer du mauvais vers le bon ou du bon vers le meilleur.

Néanmoins, la Charia considère que les régimes démo­cratiques par toutes leurs méthodes sont tout à fait contraires aux méthodes de l’Islam. Elles sont plutôt des formes de Chirk (polythéisme, association) dans la législation religieuse ; car ces régimes annulent la souveraineté du Créateur عزَّ وجلَّ ainsi que Son droit absolu de légiférer des lois, pour le rendre un droit appartenant aux créatures. Cette voie est celle qu’a empruntée la laïcité moderne en séparant la religion de l’Etat et de la vie. Cette laïcité qui a transféré la source des jugements et de la législation à la nation sans que celle-ci ne soit sous une autorité ou aucun contrôle. Nous demandons à Allah عزَّ وجلَّ appui et assistance.

Cela contrairement à l’autorité de la nation en Islam. Car, en Islam, la souveraineté appartient à la Charia, et la nation ne peut légiférer en matière de religion ce qu’Allah عزَّ وجلَّ n’a pas permis. Allah عزَّ وجلَّ dit :

﴿أَمْ لَهُمْ شُرَكَاءُ شَرَعُوا لَهُمْ مِنَ الدِّينِ مَا لَمْ يَأْذَنْ بِهِ اللَّهُ﴾ [الشورى: 21].

Ou bien auraient-ils des associés [à Allah] qui auraient établi pour eux des lois religieuses qu’Allah n’a jamais permises ?﴿ [Ach-Choûrâ (La Consultation) : 21].

Sur ce, les grèves, les sit-in et les manifestations ainsi que toutes les méthodes inhérentes à la démocratie font partie des habitudes des mécréants et des méthodes par lesquelles ils se conduisent avec leurs gouvernements. Ces méthodes-là n’ont, en effet, aucune relation avec la religion de l’Islam. De plus, il n’appartient aucunement aux gens de la foi de revendiquer des droits, même s’ils sont légitimes, par le moyen d’arrêter le travail, de propager le désordre et le soutenir, de provoquer les émeutes et médire des personnes qui n’y participent pas, et par bien d’autres actes réprouvés par les textes religieux et contestés par la bonne moralité du musulman, par son éducation et par la bonne voie qu’il suit.

Par contre, le musulman peut obtenir ses droits par les moyens permis par la Charia, en s’adressant aux responsables et aux gouvernants. Si ses revendications se réalisent, c’est une faveur de la part d’Allah عزَّ وجلَّ; sinon, il doit recourir à la patience et considérer son acte tout en espérant la rétribution d’Allah, comme il doit revendiquer ses droits de nouveau jusqu’à ce qu’Allah عزَّ وجلَّ lui accorde Sa faveur. Certes, c’est Lui le Meilleur de tous ceux qui accordent les faveurs.

En outre, il est authentiquement rapporté par l’intermé­diaire de `Oubâda Ibn As-Sâmit رضي الله عنه qui a dit : «Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم nous avait appelés et nous lui avons prêté serment d’allégeance. Et parmi ce qu’il nous avait ordonné : c’était d’écouter et d’obéir aux gouvernants dans l’aisance et la souffrance et ce que l’on n’aime pas et dans ce qu’on aime et dans l’adversité, dans l’aise et dans la gêne, même s’ils ne nous donnent pas nos droits, et de ne pas les combattre pour avoir le pouvoir, Il a dit : ‘Sauf si vous constatez une mécréance flagrante dont vous avez une preuve d’Allah عزَّ وجلَّ’ (i.e. émanant d’un texte religieux authentique et clair)»(1). Ahmad a ajouté : «Et même si tu penses que tu as droit.»(2) c’est-à-dire : «Même si tu crois que tu as droit, ne compte pas sur ce doute. Tu dois, plutôt écouter et obéir jusqu’à ce que tu obtiennes ton droit sans que tu ne désobéisses aux gouvernants»(3). Dans une autre version rapportée par Ibn Hibbân et Ahmad, le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : «… Et même s’ils prennent ton argent et frappent ton dos.»(4) Dans l’autre hadith rapporté par Ibn Mass`oûd رضي الله عنه : «Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : ‘Vous allez voir, après moi, une Athara(5) et des choses que vous réprouverez.’Ils dirent alors : ‘Ô Messager d’Allah, que nous ordonnes-tu ?’ Il leur répondit : Rendez-leur [aux gouvernants] leurs droits et demandez à Allah de vous accorder vos droits.»(6).

Enfin, nous implorons Allah عزَّ وجلَّ de nous montrer la vérité telle quelle, de nous accorder la faveur de la suivre et de nous montrer le mal tel quel et de nous accorder la faveur de l’éviter.

Et notre dernière invocation est qu’Allah, Seigneur des Mondes, soit Loué et que prière et salut soient sur notre Prophète, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection.

 

Alger, le 16 Dhû Al-Hijja 1426H

Correspondant au 16 janvier 2006G

 



(1) Rapporté par Al-Boukhâri dans «Al-Fitan» n°7056, et par Mouslim dans «Al-Imâra» n°1709 ; par l’intermédiaire de `Oubâda Ibn As-Sâmit رضي الله عنه.

(2) Rapporté par Ahmad n°23735. Ce hadith est jugé authentique par Al-Albâni dans Dhilâl Al-Janna n°1028.

(3) Voir : Fat’h Al-Bâri d’Ibn Hajar (13/10).

(4) Rapporté par Ibn Hibbân dans «As-Siyar» n°4645, et par Ibn Abi `Âssim dans «As-Sounna» n°857. Al-Albâni l’a jugé authentique dans Takhrîj As-Sounna n°1026. Pour ce qui est de la version d’Ahmad n°23427, elle est citée comme suit : «… Et même s’il accable ton dos et prend ton argent» par l’intermédiaire de Houdhayfa رضي الله عنه.

(5) C’est-à-dire : par le fait que les gouvernants s’approprient des intérêts mondains à eux seulement et ne donnent pas aux autres leurs droits.

(6) Rapporté par Al-Boukhâri dans «Al-Fitan» n°7052 ; par l’intermédiaire de `Abd Allâh Ibn Mass`oûd رضي الله عنه.