Le jugement religieux de la ‘Aqîqa | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Jeudi 17 Rabî` Eth-Thânî 1442 H - 03 décembre 2020 G

Fatwa n° : 330

Catégorie : Fatwas relatives aux Boissons et aux Aliments - Aqîqa

Le jugement religieux de la ‘Aqîqa

Question :

Quel est le jugement religieux concernant la Naşîka ou la ‘Aqîqa ?

Réponse :

Louange à Allâh, Maître des Mondes ; et paix et salut sur celui qu’Allâh عزّ وجلّ a envoyé en miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Cela dit :

L’avis le plus fort parmi les deux propos des savants est que la Naşîka est une sounna obligatoire qui incombe au père du nouveau-né, car le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم l’a ordonnée et pratiquée comme cela est prouvé par le hadith rapporté par Salmân ibn ‘Âmir Ad-Dabbiy رضي الله عنه quand il dit : « J’ai entendu le Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم dire : “Pour l’enfant une ‘Aqîqa ; coulez pour lui du sang [c’est-à-dire sacrifiez] et repoussez de lui le mal.” »[1] Cela prouve son obligation concernant l’affirmation de son aspect obligatoire quand il dit : « Pour l’enfant une ‘Aqîqa », et, d’autre part, quand il ordonne de faire l’aumône (pour le nouveau-né). Mais aussi le hadith d’Al-Haşane d’après Samoura رضي الله عنه selon lequel le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : « Chaque enfant est lié à sa ‘Aqîqa qui sera immolée pour lui le 7e jour où on lui rasera les cheveux et on lui donnera un nom.»[2] Son caractère obligatoire est clair, car le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم considère que l’éducation pieuse [de l’enfant] et sa protection complète sont tributaires du sacrifice de la Aqîqa. Celle-ci, également, affranchira le nouveau-né. Ce qui témoigne aussi le caractère obligatoire de son jugement est le hadith rapporté par Oum Kourz Al-Ka‘biyya رضي الله عنها quand elle interrogea le Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم au sujet de la ‘Aqîqa. Il répondit alors : « Pour le garçon, deux bêtes [ovines ou caprines] et pour la fille, une seule, et il n’y a aucun mal qu’elles soient des mâles ou des femelles.»[3] Il y a aussi le hadith rapporté par ‘Â’icha رضي الله عنها qui a dit : « Le Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم nous a ordonnés de faire la ‘Aqîqa : immoler une bête [ovine ou caprine] pour la fille et deux pour le garçon.»[4] Il est connu, en se basant sur les fondements de jurisprudence [Osoûl Al-Fiqh], que les ordres religieux ont un caractère obligatoire à moins qu’il n’y ait un indice qui le détourne de l’obligation vers autre chose. Bourayda Al-Aslamî رضي الله عنه le rapporteur du hadith, la considérait comme obligatoire et la comparaît à la Salât[5], et « le rapporteur sait mieux que quiconque ce qu’il a rapporté ».

Quant à celui qui se tient au caractère d’Istihbâb (souhaitable), il considère que si elle (la ‘Aqîqa) était obligatoire, cela aurait été explicitement énoncé par la religion, et le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم aurait montré à sa communauté son obligation de façon générale et suffisante au point qu’il n’y aurait aucune excuse [pour ne pas l’accomplir], car le besoin suscite sa pratique et elle s’est largement diffusée. D’ailleurs, Ibrâhîm, le fils du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم, mourut à dix-huit mois. Rien n’indique que le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم aurait pratiqué la ‘Aqîqa pour lui, ni pour Al-Qâşim ni pour Rouqayya, ni pour Oum Koulthoûm, ni pour Zaynab, ni pour Fâtima, ni pour ‘Abd Allâh qui sont ses enfants décédés avant lui, excepté Fâtima. Et aussi parce que le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم l’a liée à la volonté de son auteur, comme cela est dit dans son hadith : « Celui chez qui naît un nouveau-né et aimerait faire une Naşîka pour lui, qu’il la fasse.»[6] C’est un indice qui la détourne de l’obligation vers la recommandation.

Il est tout à fait clair que les textes des hadiths ordonnant la ‘Aqîqa pour le nouveau-né sont très précis. Si l’obéissance aux ordres [du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم] est plus qu’avérée comparativement aux actes qui les contredisent, obéir aux ordres prophétiques qui sont conformes à ses actes est, donc, plus prioritaire pour être suivis et pratiqués. Allâh le Très-Haut a dit :

﴿لَّقَدۡ كَانَ لَكُمۡ فِي رَسُولِ ٱللَّهِ أُسۡوَةٌ حَسَنَةٞ لِّمَن كَانَ يَرۡجُواْ ٱللَّهَ وَٱلۡيَوۡمَ ٱلۡأٓخِرَ وَذَكَرَ ٱللَّهَ كَثِيرٗا ٢١[الأحزاب].

Sens du verset :

En effet, vous avez dans le Messager d’Allâh un excellent modèle [à suivre] pour quiconque espère en Allâh et au Jour Dernier et invoque Allâh fréquemment. ﴿ [s. Al-Ahzâb (les Coalisés) : v. 21]

Allâh le Très-Haut a dit aussi :

﴿فَ‍َٔامِنُواْ بِٱللَّهِ وَرَسُولِهِ ٱلنَّبِيِّ ٱلۡأُمِّيِّ ٱلَّذِي يُؤۡمِنُ بِٱللَّهِ وَكَلِمَٰتِهِۦ وَٱتَّبِعُوهُ لَعَلَّكُمۡ تَهۡتَدُونَ ١٥٨[الأعراف].

Sens du verset :

Croyez, donc, en Allâh et en Son Messager, le Prophète illettré qui croit en Allâh et en Ses paroles. Et suivez-le afin que vous soyez bien guidés. ﴿ [s. Al-A‘râf : v. 158]

Ainsi, il faudrait appliquer (la ‘Aqîqa) que ce soit un fait répandu ou non, comme énoncé fondamentalement selon la majorité des savants.

Quant au hadith : « Celui chez qui naît un nouveau-né et aimerait faire une Naşîka pour lui, qu’il la fasse », ceci est pareil à la Parole d’Allâh :

﴿لِمَن شَآءَ مِنكُمۡ أَن يَسۡتَقِيمَ ٢٨[التكوير] [التكوير].

Sens du verset :

Pour celui d’entre vous qui veut suivre le droit chemin. ﴿ [s. At-Takwîr (l’Obscurcissement) : v. 28]

La rectitude (suivre le droit chemin) n’est certainement pas seulement souhaitable, mais elle est obligatoire comme l’attestent les preuves de la charia, ainsi que la Parole d’Allâh :

﴿إِنَّ ٱلصَّفَا وَٱلۡمَرۡوَةَ مِن شَعَآئِرِ ٱللَّهِۖ فَمَنۡ حَجَّ ٱلۡبَيۡتَ أَوِ ٱعۡتَمَرَ فَلَا جُنَاحَ عَلَيۡهِ أَن يَطَّوَّفَ بِهِمَاۚ [البقرة: 158].

Sens du verset :

As-Safâ et Al-Marwah sont vraiment parmi les lieux sacrés d’Allâh. Donc, quiconque fait pèlerinage à la Maison ou fait la ‘Oumra ne commet pas de péché en faisant le va-et-vient entre ces deux monts. ﴿ [s. Al-Baqara (la Vache) : v. 158]

Il est connu que le va-et-vient entre As-Safâ et Al-Marwah est un pilier (du pèlerinage) et ce qui apparaît du verset indique qu’il est recommandé. Le fait que c’est un pilier est présent aussi dans plusieurs hadiths, par exemple : « Accomplissez le va-et-vient [entre As-Safâ et Al-Marwah], car Allâh vous l’a prescrit.»[7] Et aussi le hadith : « Prenez de moi vos actes religieux du hadj.»[8] Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a accompli le va-et-vient entre As-Safâ et Al-Marwah, ce qui prouve son obligation. En plus de ce qui a précédé, on trouve également, le hadith suivant du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم : « Lorsque vous voyez le croissant de Dhoû-l-Hidjdja, et si l’un parmi vous voudrait accomplir le sacrifice, qu’il délaisse sa chevelure et ses ongles.»[9] Sa parole : « Si l’un parmi vous voudrait» ne veut pas dire que les sacrifices ne sont pas une obligation ; au contraire, c’est une obligation pour la personne aisée qui en est capable comme l’attestent les textes qui confirment cette obligation, puisque « l’obligation n’est pas assignée à la volonté de la personne, pour lui dire : “Observe la, si tu veux”. Elle peut, même, être liée à une condition pour expliquer un jugement, tel qu’Allâh a dit :

﴿إِذَا قُمۡتُمۡ إِلَى ٱلصَّلَوٰةِ فَٱغۡسِلُواْ[المائدة: 6].

Sens du verset :

Lorsque vous vous levez pour la Salât, lavez…﴿ [s. Al-Mâ’ida (la Table Servie) : v. 6], les savants l’ont interprété par : “Lorsque vous voulez vous lever” et aussi pour : “Si tu veux réciter cherche refuge [auprès d’Allâh]”. Et la purification est obligatoire ainsi que la récitation pendant la Salât. Allâh a dit :

﴿إِنۡ هُوَ إِلَّا ذِكۡرٞ لِّلۡعَٰلَمِينَ ٢٧ لِمَن شَآءَ مِنكُمۡ أَن يَسۡتَقِيمَ ٢٨[التكوير]

Sens du verset :

Ceci n’est qu’un rappel pour l’univers, pour celui d’entre vous qui veut suivre le chemin droit. ﴿ [s. At-Takwîr (l’Obscurcissement) : v. 28-27] La volonté de se conformer au droit chemin est [certainement] obligatoire ».[10]

Quant au fait de ne pas rapporter que le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم aurait pratiqué la ‘Aqîqa pour [son fils] Ibrâhîm et pour ses autres enfants, revient probablement au fait que la ‘Aqîqa n’était pas obligatoire au début [de la Législation], et ce n’est qu’ensuite qu’elle est devenue obligatoire. Ceci d’une part.

D’autre part, si cela est admis, il est alors un acte qui s’oppose à sa parole et, de point de vue fondamental, la parole est prioritaire à sa pratique à qui elle s’oppose. Ibn Taymiyya ـ رحمه الله ـ a dit : « L’obéissance au Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم, dans les ordres qu’il nous a assignés, constitue le fondement que tout musulman doit observer, [car] il est la cause de la jouissance. Puisque le fait de désobéir à ces ordres constitue la cause de la désolation, il est prioritaire pour nous d’obéir à ses ordres que de se conformer à un acte qu’il ne nous a pas ordonné de respecter à l’unanimité des musulmans. Les savants n’ont pas divergé pour dire que ses ordres sont plus à même d’être accomplis que ses actes. Car son acte pourrait être spécifique à lui comme il pourrait être souhaitable, tandis que, son ordre qu’il nous a assigné est issu de la religion d’Allâh qu’il nous a ordonné [de le suivre].»[11]

Le savoir parfait appartient à Allâh سبحانه وتعالى, et notre dernière invocation est qu’Allâh, Seigneur des Mondes, soit Loué et que prière et salut soient sur notre Prophète, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection.

 



[1]        Rapporté par Al-Boûkhârî (5471), d’après Salmân ibn ‘Âmir Adh-Dhabbiy رضي الله عنه.

[2]        Rapporté par : Aboû Dâwoûd (2838), At-Tirmidhî (1522), An-Naşâ’î (4220) et Ibn Mâdjah (3165), d’après Samoura ibn Djoundoub رضي الله عنه. Ibn Hadjar dans Fath Al-Bârî (9/593) a dit au sujet de ce hadith : «Ses rapporteurs sont fiables.» Il est authentifié par Ibn Al-Moulaqqine dans Al-Badr Al-Mounîr (9/333) et Al-Albânî dans Sahîh Al-Djâmi‘ (4184).

[3]        Rapporté par : Aboû Dâwoûd (2835), At-Tirmidhî (1516), An-Naşâ’î (4218), Ahmad (27373) et Al-Bayhaqî (19276), d’après le hadith rapporté par Oum Kourz رضي الله عنها, et authentifié par Ibn Al-Qayyim dans Touhfat Al-Mawloûd (50) et Al-Albânî dans Sahîh Al-Djâmi‘ As-Saghîr (4106) et Al-Irwâ’ (4/391).

[4]        Rapporté par : At-Tirmidhî (1513), Ibn Mâdjah (3163) et Ahmad (25250), d’après ‘Â’icha رضي الله عنها, hadith authentifié par Ibn Al-Moulaqqine dans Al-Badr Al-Mounîr (9/333) et Al-Albânî dans Al-Irwâ’ (1166) et As-Sahîha (2720).

[5]        Rapporté par Ar-Rawyânî dans son Mousnad (45), la parole de Bourayda رضي الله عنه : «[Le Jour du Jugement Dernier,] les gens rendrons compte de la ‘Aqiqa telles que les cinq prières [obligatoires].»

[6]        Rapporté par Aboû Dâwoûd (2842) et par An-Naşâ’î (4212), d’après ‘Amr ibn Chou‘ayb d’après son père d’après son grand-père رضي الله عنه. Ce hadith est fortifié par Ibn Hadjar dans Fath Al-Bârî (9/588) et authentifié par Al-Albânî dans Sahîh Al-Djâmi‘ As-Saghîr (7630), Al-Michkât (2/4156) et considéré comme sahîh (authentique) dans As-Sahîha (4/213).

[7]        Rapporté par : Ibn Khouzayma (2764), Al-Hâkim (6943) et Ahmad (27367), d’après Habîba bint Abî Tadjrât رضي الله عنها. Ce hadith est fortifié par Ibn Hadjar dans Al-Fath (3/498) et authentifié par Al-Albânî dans Al-Irwâ’ (1072).

[8]        Rapporté par : Mouslim (1297), Aboû Dâwoûd (1970), An-Naşâ’î (3062), Ahmad (14219) et Al-Bayhaqî (9524), d’après Djâbir ibn ‘Abd Allâh رضي الله عنهما.

[9]        Rapporté par : Mouslim (1977), Aboû Dâwoûd (2791), At-Tirmidhî (1523), An-Naşâ’î (4364), Ibn Mâdjah (3149) et Ahmad (26571), d’après Oum Salama رضي الله عنها.

[10]     Madjmoû‘  Al-Fatâwâ d’Ibn Taymiyya (23/162-163).

[11]     Madjmoû‘ Al-Fatâwâ (22/323) et Al-Fatâwâ Al-Koubrâ (2/154) d’Ibn Taymiyya.