Le vinaigre qui contient un certain taux d’alcool | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
Skip to Content
Dimanche 23 Rajab 1442 H - 07 mars 2021 G

Fatwa n° 366

Catégorie : Fatwas relatives aux boissons et aux aliments – Les boissons

Vinaigre contenant une proportion
relative d’alcool

Question :

Nous vous prions de bien vouloir nous indiquer clairement le jugement concernant la consommation du vinaigre commercialisé et contenant une certaine proportion d’alcool.

 

Réponse :

La Louange est à Allâh, Le Seigneur des mondes. Et que la prière et le salut soient sur celui qu’Allâh a envoyé en miséricorde pour l’univers, ainsi que sur sa famille, ses compagnons et ses frères jusqu’au Jour de la Rétribution. Cela dit :

Aucune divergence se trouve entre les savants concernant le vin s’il se transforme par lui-même en vinaigre, sa consommation est permise, et ce à l’unanimité. Mais, s’il est transformé par le traitement, les avis divergent ; néanmoins, le plus juste est que le vinaigre issu de vin est permis qu’il soit transformé par le traitement ou de lui-même. Car le vinaigre issu de vin est un vinaigre au sens linguistique et religieux, la preuve de son licéité est le hadith du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم qui dit : «Quel bon condiment qu’est le vinaigre(1) Ce hadith ne fait pas de distinction entre le vinaigre issu de vin ou fabriqué directement. La distinction mérite d’être expliquée plus clairement ; et la règle stipule que : retarder l’explication dans un moment de besoin n’est pas permis, car l’acétification enlève l’aspect interdit [du vin] et lui assigne un aspect pur. Ce n’est plus du vin après la transformation. Et l’acétification est connue par le goût qui passe de l’amer à l’aigreur, et c’est pour cela que l’existence de quelques degrés d’alcool n’est pas suffisante puisqu’on se contente de l’apparition d’acidité, preuve de la présence de vinaigre dans la boisson. De plus, tous les alcools n’engendrent pas l’état d’ivresse. Exemple : la pulpe d’orange contient quelque d’alcool mais cela n’est pas enivrant, sur cette base, le vinaigre est sain et bon suite au précédent hadith. Cette permission est indiquée dans des versets coraniques, car Allâh le Très Haut dit :

﴿اليَوْمَ أُحِلَّ لَكُمُ الطَّيِّبَاتُ [المائدة: 5]

Sens du verset :

Toute nourriture bonne et pure vous est désormais permise.﴿ [s. Al-Mâ’ida (la Table Servie) : v. 5] ainsi que Sa parole :

 

﴿وَيُحِلُّ لَهُمُ الطَّيِّبَاتِ [الأعراف: 157]

Sens du verset :

qui déclare licite pour eux ce qui est bon.﴿ [s. Al-‘raf : v. 157]

De plus, le vinaigre est un remède utile. Ibn Qayyim a écrit : «Le vinaigre d’alcool est indiqué pour l’inflammation de l’estomac, réprime l’ictère, repousse les méfaits des médicaments nocifs, dilue le petit lait et le sang s’ils se solidifient dans les entrailles, et est bénéfique pour la rate, renforce l’estomac et le rend robuste le ventre, étanche la soif, enraye les enflures si elles venaient à se manifester, aide à la digestion, empêche la sécrétion de la pituite, assouplit les aliments lourds, et affine le liquide sanguin.»(2)

Al-Manawi a dit : « Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم aimait le vinaigre et le prenait mélangé avec le miel, et c’est l’un des aliments les plus bénéfiques, et Ibn Al-‘Arabî a dit : C’est pour cela que les savants sont unanimes à le considérer comme étant l’une des meilleures boissons, et il n’y a pas en pharmacopée un breuvage qui lui soit similaire. »(3)

Cela dit, la divergence des savants autour de la question précédente vient du fait de savoir si, après avoir ajouté au vin du sel ou du vinaigre ou autre, devient pur, ou bien demeure une souillure après qu’il se soit acidifié. Cette divergence se base sur la conviction que le vin est impur. Ceux qui estiment [que le vin] ne se purifie pas, ils se basent sur le hadith rapporté par Anas ibn Mâlik, selon qui le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : «Il a été demandé à l’Envoyé d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم si on pouvait posséder de l’alcool pour en faire du vinaigre ; il a répondu “Non”(4)

L’expression « …pour en faire du vinaigre » [dans le hadith], chez eux, signifiait transformer le vin en vinaigre par le traitement ; mais dans le cas où il devient du vinaigre par lui-même, cela n’entre pas dans le cas de l’interdiction. Ce qu’on rajoute au vin pour qu’il se transforme en vinaigre en s’y diluant ne le purifie nullement, et cela est l’avis des imams Ach-Châfi‘î et Ahmad رحمهم الله تعالى.

Néanmoins, ceux qui considèrent que cela le purifie se basant sur le hadith rapporté par Aïchaرضي الله عنها dans lequel le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit : «Quel bon condiment qu’est le vinaigre(5) en comprenant cela au sens absolu, sans faire de distinction entre le fait que cela devient du vinaigre par lui-même ou bien en y apportant des transformations ; c’est, en outre, l’avis des hanafites.

L’avis le plus juste est que le vin est pur car les choses sont, en principe, pures, et aucun texte ne mentionne le contraire (la souillure), comme nous l’avons expliqué dans notre livre, Moukhtârare Mine Nousouse Textes choisis des hadiths relatifs aux transactions financières(6). L’interdiction n’implique pas la souillure alors que celle-ci implique l’interdiction, car toute souillure est interdite et le contraire n’est point correct.

Par ailleurs, le hadith rapporté par Anas ibn Malik cité plus haut suggère l’interdiction relative au vin durant la période où il se transforme en vinaigre, car cela amènerait à désobéir à l’ordre divin, dans la parole du Très Haut :

﴿فَاجْتَنِبُوهُ [المائدة:90]

Fuyez-les.﴿ [s.  Al-Mâ’da (la Table Servie) : v. 90]

En admettons par supposition que la souillure du vin, l’interdiction n’implique pas l’impureté du vinaigre, mais il était demandé de la faire coulerpour éviter tout moyen qui mène à l’interdiction et rendre étroits les canaux par lesquels s’engouffre le démon dans le sang de l’être humain, et le tente en lui faisant boire le vin qu’il possède en lui. C’est pour cette raison qu’il est interdit juridiquement d’éviter le vin durant l’opération de sa transformation, et Allâh Seul le sait.

On sait, d’autre part, qu’une chose, quand change son essence et se dilue, devenant, ainsi, une matière différente, sa sentence spécifique avant sa mue et sa transformation disparaît, car, entre temps, elle est devenue une autre mais purifiée. Cela est similaire au cas de la souillure tombée dans une grande quantité d’eau dont les trois propriétés n’ont pas changé : couleur, goût et odeur. Quant à la chose enivrante, si elle venait à être mélangée à un remède qui lui ferait perdre cet effet, ce n’est plus, dans ce cas-là, une boisson enivrante mais un remède pur et dont l’élément enivrant a disparu, à l’exemple du spiritueux vin, qui s’est distillé par lui-même et devient un vinaigre pur, à l’unanimité des savants.

Le savoir parfait appartient à Allâh, et notre dernière invocation est qu’Allâh, Seigneur des Mondes, soit loué et que prière et salut soient sur notre Prophète, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu'au Jour de la Résurrection.

 

Alger, le 24 de Dhoû-L-Qa‘da 1424 H,

correspondant au 27 janvier 2003 G.

 


(1) Rapporté par Mouslim (2051), d’après Aïcha رضي الله عنها.

(2) Cf. : Zâd Al Ma‘âd (4/306)

(3) Cf. : Fayd Al-Qadir (6/ 285)

(4) Rapporté par Mouslim (1983), d’après Anas رضي الله عنه.

(5) Déjà annoté.

(6) pp. 30-39.