Adresser les salutations (Salam) aux prieurs à la mosquée | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Lundi 13 Dhou El-Hijjah 1441 H - 03 août 2020 G

Fatwa n° 50
Catégorie :
Fatwas relatives à la prière – Les mosquées

Adresser les salutations (Salam)
aux prieurs à la mosquée

Question :

Est-il permis d’adresser les salutations(1) (Salam) aux fidèles à la mosquée alors qu’ils accomplissent la prière [collective] ? Cela est-il permis autant dans une prière surérogatoire que dans une prière obligatoire ?

 

Réponse :

Louange à Allâh, Maître des Mondes ; et paix et salut sur celui qu’Allâh a envoyé comme miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Cela dit :

Si la version d’Aboû Hourayra رضي الله عنه rapportée par Aboû Dâwoûd est interprétée selon la structure morphologique du mot Taslima (salutation) basée sur le fath dans le hadith : « Ni d’omission dans la prière, ni y faire des salutations (Taslima) »(2) le terme de « taslima » (salutation) vient, alors, conjointement à celui de « ghirar » (omission) ; ce hadith montre qu’il est illicite d’omettre quoique ce soit dans la prière et d’y faire des salutations, car il est interdit de parler pendant la prière, excepté formules qui y sont attestées, car le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : « Certes Allâh fait ce qu’Il veut dans Ses injonctions ; Allâh – puissant et Majestueux soit-Il – a enjoint de ne pas parler pendant la prière. » Ibn Mas‘oûdرضي الله عنه [le rapporteur du hadith] a dit : « … puis il a répondu à mes salutations. »(3)

Or, la règle commune dans la science des fondements du fiqh consiste à dire que lorsqu’un terme indéfini est cité dans un contexte de négation, son sens devient alors d’une portée générale. Cette règle implique les salutations adressées par un prieur à un autre prieur et la réponse du prieur à celui qui lui adresse le salam. Cette règle englobe aussi les salutations adressées par un non prieur au prieur, tel qu’il apparait clairement dans le commentaire de l’imam Ahmad fait à propos de ce hadith en disant : « Cela veut dire que tu ne salues pas et personne ne t’adresse des salutations… »(4)

Or, cette portée générale n’est point cherchée pour elle-même vu qu’il y a une preuve qui rend spécifique le cas des salutations adressées par un non prieur au prieur. Cette désignation spécifique est établie par l’approbation [du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم]. On spécifie aussi le cas de la réponse gestuelle faite par le prieur, par référence à l’acte du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم mentionné dans plusieurs hadiths, parmi lesquels nous citons celui d’Ibn ‘Oumarرضي الله عنهماqui a dit : que le Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم sortit vers Qoubâ’ pour y accomplir la prière. Il dit : les Ansâr vinrent à lui ; ils le saluèrent alors qu’il priait. Ibn ‘Oumarرضي الله عنهماdit : « J’ai dit à Bilâl رضي الله عنه :Comment as-tu vu le Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم répondre aux salutations des Ansar lorsqu’ils lui adressèrent le salam alors qu’il priait ?” Il me répond : “Il a fait comme ça.” et il allongea sa main. Dja‘far ibn ‘Aounرضي الله عنه allongea sa main en mettant sa paume vers le bas et le revers vers le haut. »(5) Dans un autre hadith, selon Souhayb qui a dit : « [Je suis] passé devant le Messager d’Allâhصلَّى الله عليه وسلَّم alors qu’il priait ; je lui ai adressé le Salam auquel il répond par un geste. » Il (le rapporteur du hadith) dit : la seule chose dont je sais qu’il a dite : « un geste de son doigt. »(6)

Ces hadiths constituent une preuve sur la licéité d’adresser le Salam aux prieurs [par un non prieur], car les Compagnons رضي الله عنهم ont salué le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم sans qu’il réprouve cela. Il les a plutôt approuvés en leur répondant par un geste. Il est incorrect de dire que ces hadiths concernent uniquement les prières surérogatoires – en dehors des prières obligatoires – car le terme salât (prière) est d’une portée générale dans le hadith : « Certes, la prière constitue une grande préoccupation. »(7) Le terme « prière » [cité dans ce hadith] concerne aussi bien les prières surérogatoires qu’obligatoires. Sinon on sera obligé d’abroger la parole lorsqu’il s’agit de la prière surérogatoire, contrairement à la prière obligatoire. Il ne fait pas de doute que quand la cause implicative est caduque, les résultats obtenus sont aussi caducs.

En effet, malgré qu’il soit permis d’adresser le Salam à une personne occupée à prier, qui peut suffisamment répondre par un geste, ou après avoir terminé la prière – tel qu’il est attesté par Ibn Mas‘oûd رضي الله عنه – il est détestable néanmoins de multiplier et de répéter les Salam à chaque fois qu’une personne entre à la mosquée ou passe à côté d’elle, car cette dernière est occupée par l’imploration de son Seigneur, par la récitation du Coran, par les invocations et les prières, chose qui nécessite une confidence à faire à Allâh ; il n’est pas juste de s’occuper d’autre chose, conformément au hadith qui dit : « Certes, la prière constitue une grande préoccupation » c’est pourquoi il est incorrect de comparer la prière à une situation de non prière vu la différence qui sépare les deux cas. An-Nawawî a dit : « La mission du prieur consiste à s’occuper de sa prière, à réfléchir sur les paroles qu’il dit ; il ne convient pas qu’il se détourne vers autre chose. »

Le savoir parfait appartient à Allâh, et notre dernière invocation est qu’Allâh, Seigneur des Mondes, soit loué et que prière et salut soient sur notre Prophète, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu'au Jour de la Résurrection.

 


(1) Le fait de dire : « As-Salam Alikom » en arabe, qui signifie « que la Bénédiction au nom d'Allah vous couvre », (NDT).

(2)  Rapporté par : Aboû Dâwoûd (928), Al-Hâkim (972), Ahmad (9937) et At-Tahâwî dans Mouchkil Al-Âthâr (1597), d’après Abî Hourayraرضي الله عنه . Ce hadith est jugé sahîh (authentique) par Al-Albânî dans As-Silsila As-Sahîha (318).

(3)  Rapporté par : Aboû Dâwoûd (924), An-Naşâ’î (1221), d’après ‘Abd Allâh ibn Mas‘oûd رضي الله عنه. Ce hadith est jugé sahîh (authentique) par Al-Albânî dans Sahîh Al-Djâmi‘ (1700).

(4)  Cet avis est mentionné par Aboû Dâwoûd dans ses Sounane après avoir cité le hadith : «Ni d’omission dans la prière, ni y faire des salutations. » (928)

(5) Rapporté par Aboû Dâwoûd, d’après Ibn ‘Oumar رضي الله عنهما. Cf. As-Sahîha (1/2/633) (185).

(6)  Rapporté par : Aboû Dâwoûd (925), An-Naşâ’î (1186) et At-Tirmidhî (367), d’après Souhayb رضي الله عنه. Ce hadith est jugé sahîh (authentique) par Al-Albânî dans Sahîh Abî Dâwoûd (858).

(7) Hadith unanimement jugé sahîh (authentique) par Al-Boukhârî (1216) et par Mouslim (538), d’après ‘Abd Allâh ibn Mas‘oûd رضي الله عنه.