De la relation réelle entre le groupe secouru et son action djihadiste | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Dimanche 11 Rabî` Eth-Thânî 1441 H - 08 décembre 2019 G



De la relation réelle entre le groupe secouru et son action djihadiste

Question :

Des musulmans utilisent certains hadiths pour prouver la légitimité religieuse des groupes djihadistes présents de nos jours. Parmi ces hadiths :

- le hadith de Jâbir Ibn `Abd Allah رضي الله عنهما: «J’ai entendu le Messager d’Allah صلَّى الله عليه وسلَّم dire : ‘‘Un groupe de ma communauté ne cessera de combattre pour la vérité en étant supérieur jusqu’au Jour de la Résurrection.’’ Il dit : ‘‘Puis, `Îsa Ibn Maryam صلَّى الله عليه وسلَّم descendra, et leur chef lui dira : ‘Viens, donc, nous diriger dans la salat’, et `Îsa répondra : ‘Non, vous êtes les chefs les uns des autres ; c’est un honneur qu’Allah a fait à cette communauté’.’’»(1).

- le hadith de Jâbir Ibn Samoura : «Cette religion ne cessera d’exister [tant qu’]un groupe de musulmans combattra pour sa cause jusqu’à ce que l’Heure survienne.»(2)

Nous aimerions que vous nous expliquiez ces hadiths, et s’ils ne s’appliquent pas aux groupes djihadistes contemporains, à qui s’appliquent-ils alors ?

Réponse :

Le groupe sauvé et secouru mentionné dans les hadiths n’est autre qu’un groupe attaché à l’Islam pur par le savoir et les actes, intérieurement et extérieurement. Ce groupe met en pratique la voie sur laquelle étaient le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم et ses Compagnons رضي الله عنهم, sans prêter attention aux paroles de leurs opposants ; l’activisme des adversaires et des lâches ne lui nuira en rien et il ne craint, pour la cause d’Allah, le blâme de personne, comme le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : «Il ne cessera d’exister dans ma communauté un groupe accomplissant l’ordre d’Allah (religieux), sans se soucier de ceux qui les démentent [dans la version de Mouslim: ceux qui les délaissent] ni de ceux qui s’opposent à eux, jusqu’à ce que vienne l’Ordre d’Allah (l’approche du Jour de la Résurrection) alors qu’ils sont sur cette voie.»(3) C’est un groupe unique qui n’accepte ni division ni partition, et qui s’étend de l’époque du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم, le premier membre de la communauté, jusqu’à la survenue de l’Heure, aux derniers membres. Ce groupe désigne une catégorie de personnes, composée de générations qui disparaissent et à qui d’autres succèdent en ayant les mêmes caractéristiques, celles du groupe secouru qui perdure avec ses fondements, sa voie, sa prédication et ses hommes. Son existence est ininterrompue et il traverse les époques jusqu’à l’avènement de l’Heure ; il élève la voix de la vérité, manifeste le monothéisme et la Charia et, avec lui, la religion est solide et forte, basée sur la crainte d’Allah et la recherche de Sa satisfaction.

De là, découle le lien entre ce groupe et sa pratique du djihad. En effet, celui-ci perdure avec lui sans s’interrompre ; il restera tant qu’existera le conflit entre la vérité et le mensonge, entre la foi et la mécréance, si ce n’est que ses effets peuvent être forts à certaines époques et faibles en d’autres. Il peut être répandu à certains endroits du globe et se faire rare en d’autres, selon que les gens s’éloignent du Livre et de la Sounna et selon le degré de pratique des innovations et des péchés. Ibn Taymiyya رحمه الله a illustré l’existence du groupe secouru dans la vie des musulmans à son époque, en disant : «Quant au groupe présent au Châm, en Egypte et dans des contrées semblables, ceux-là sont – à notre époque – ceux qui combattent pour l’Islam et comptent parmi ceux qui méritent davantage de faire partie du groupe secouru que le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a mentionné, en disant, dans les hadiths authentiques et reconnus : Un groupe de ma communauté ne cessera d’être supérieur et sur la vérité, sans se soucier de ceux qui s’opposent à lui ni de ceux qui l’abandonnent, jusqu’à ce que l’Heure survienne.(4) Il dit dans la version de Mouslim : Les gens de l’ouest (par rapport à la Mecque) ne cesseront …(5)»(6) ; Ibn Taymiyya رحمه الله écrit plus loin : «Et quiconque médite sur la situation du monde à l’heure actuelle sait que ce groupe est, parmi les groupes de l’orient à l’occident de la Terre, celui qui met le plus en pratique l’Islam, par le savoir, les actes et le djihad. Ce sont eux qui combattent les plus puissants des associateurs et des Gens du Livre ; leurs batailles contre les chrétiens, contre les associateurs parmi les Turcs et contre les hypocrites parmi les Rafidites et leurs semblables tels que les Ismaéliens et les Qaramites sont célèbres depuis longtemps et jusqu’à nos jours. La puissance des musulmans à l’ouest comme à l’est du globe n’est que la conséquence de leur puissance. Ainsi, lorsqu’ils furent défaits en l’an 699H, les musulmans de l’ouest comme de l’est subirent une humiliation et un malheur dont Allah Seul connaît l’ampleur. Les récits à ce sujet sont nombreux ; leur place n’est pas dans ces lignes. Les habitants du Yémen, à notre époque, sont faibles ; ils ne peuvent faire le djihad et le négligent ; ils obéissent à ceux qui gouvernent ce pays au point qu’on dit qu’ils leur ont écrit pour leur jurer écoute et obéissance. Lorsque le roi des associateurs est venu à Alep, il y a eu ce qui a eu comme tueries. Quant aux habitants du Hidjâz, la plupart – ou même beaucoup parmi eux – sont exclus de la Charia, et Allah Seul connaît l’ampleur des innovations, de l’égarement et des péchés qui existent chez eux. En effet, les gens de la foi et de la religion sont réduits à l’incapacité ; la force et la gloire – à notre époque – appartiennent à autres que les musulmans dans ces contrées. Si ce groupe [dans le Châm] venait à plier – qu’Allah nous en garde – les croyants vivant au Hidjâz seraient parmi les gens les plus humiliés, surtout lorsqu’on sait que la croyance rafidite est dominante chez eux. Le règne des Tatars qui combattent Allah et son Messager صلَّى الله عليه وسلَّم étant actuellement refusé, s’ils venaient à vaincre, le Hidjâz serait complètement corrompu. Quant aux contrées d’Ifriqiyya (Tunisie), elles sont dominées par leurs bédouins qui sont parmi les pires créatures, qui mériteraient même d’être assiégés et combattus. Quant au lointain Maghreb, en plus du fait que les Francs dominent la majeure partie de leur pays, ses habitants ne combattent pas les chrétiens. Il se trouve même au sein de leur armée beaucoup de chrétiens portant la croix, au point que si les Tatars venaient à avoir le dessus dans ces contrées, les gens du Maghreb deviendraient parmi les gens les plus rabaissés, sans compter que les chrétiens se joindraient aux Tatars pour former un groupe unique contre les gens du Maghreb. Tout cela nous montre que le groupe présent actuellement au Châm et en Egypte est l’armée de l’Islam. L’Islam est glorieux lorsqu’ils sont glorieux et il subit l’humiliation lorsqu’ils sont humiliés. Si les Tatars venaient à prendre le dessus sur eux, l’Islam ne connaîtrait plus aucune gloire ; sa voix ne serait plus élevée et il n’existerait plus de groupe victorieux et dominant qui combatte pour lui et qui serait redouté par tous les habitants de la Terre.»(7)

Il faut savoir que le djihad restera toujours valable, quels que soient son genre et sa cible «et le djihad contre les mécréants compte parmi les plus grandes œuvres ; c’est même le meilleur acte bénévole que l’individu puisse faire»(8). Il fait partie des causes amenant le secours et la puissance des musulmans et contribue à la perpétuation de leur gloire. Le djihad contre les mécréants peut se faire par les armes et en guerroyant contre eux – et c’est, là, la base du djihad et le plus grand djihad –, en dépensant pour préparer les combattants et leur fournir le matériel nécessaire à la guerre. Quant au fait de motiver par la parole en exposant les arguments et en motivant les gens, ce n’est qu’une aide supplémentaire apportée aux gens du djihad vu la noblesse de leur tâche et afin de renforcer leurs positions.

L’ensemble du djihad mené avec les biens et par la parole – du point de vue de son statut – suit la base qui est le djihad par la main et «Ce qui suit a le même statut que ce qu’il suit», que ce soit dans le djihad défensif ou offensif. Cela est indiqué dans la parole du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم: «Combattez les associateurs avec vos biens, vos personnes et vos langues.»(9). As-San`âni a dit : «Ce hadith prouve l’obligation du djihad : par sa personne et ce, en sortant se confronter aux mécréants ; par les biens et ce, en les dépensant dans le djihad, en achetant des armes etc. Cela est exprimé dans plusieurs versets du Coran :

﴿وَجَاهِدُوا بِأَمْوَالِكُمْ وَأَنْفُسِكُمْ﴾ [التوبة: 41].

Et luttez avec vos biens et vos personnes.﴿ [At-Tawba (Le Repentir) : 41].

Le djihad par la langue, en leur exposant les arguments et en les rappelant à Allah, en élevant la voix lors de l’affrontement, en leur faisant peur et par tout autre moyen qui aiderait à brimer l’ennemi :

﴿وَلَا يَنَالُونَ مِنْ عَدُوٍّ نَيْلاً إِلاَّ كُتِبَ لَهُمْ بِهِ عَمَلٌ صَالِحٌ﴾ [التوبة: 120].

Et ils n’atteignent rien de leur ennemi sans qu’il ne leur soit écrit pour cela une bonne action.﴿ [At-Tawba (Le Repentir) : 120].

Et le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit à Hassân : Le fait d’attaquer les mécréants par la poésie leur est plus pénible que les flèches qui tombent.(10)»(11).

Le djihad par les biens et la parole peut être indépendant du djihad par la personne et par la main et avoir une autre cible, à l’instar du djihad contre les hypocrites et les adeptes des innovations et des passions, pour ce qui est de l’extérieur, et contre l’âme et le démon pour ce qui est de l’intérieur, comme le montrent les autres textes religieux. Le djihad comporte, donc, quatre catégories : le djihad contre l’âme ; le djihad contre le démon ; le djihad contre les mécréants et le djihad contre les hypocrites. Le combat, quant à lui, ne concerne au départ que la personne en tant qu’outil, c’est-à-dire la main, les biens et la parole, et ne concerne que les mécréants en tant que cibles – et c’est, là, le véritable djihad. Quant au djihad par les biens et la parole, il peut avoir lieu uniquement contre les hypocrites, les adeptes du faux et des passions et de leurs semblables, comme l’a dit Ibn Al-Qayyim رحمه الله: «Le djihad contre les mécréants est plus propre à la main, et le djihad contre les hypocrites est plus propre à la parole.»(12)

Je n’oublierai pas de mentionner ici qu’en cas d’interruption entre un combat et un autre – à cause d’une situation de faiblesse, d’incapacité à pratiquer le djihad ou de la négligence à son égard, selon les différentes contrées – le djihad est qualifié de perpétuel si ce groupe, possédant toutes les caractéristiques, combat dans quelque contrée que ce soit, à l’est ou à l’ouest. `Abd Ar-Rahmân Ibn Hasan a dit : «Il ne fait aucun doute que l’obligation du djihad est réelle jusqu’au Jour de la Résurrection, et ceux auxquels il est demandé sont les croyants. Ainsi, s’il existe un groupe uni qui soit doté de la force, il lui incombe de combattre dans le sentier d’Allah autant qu’il peut, et en aucun cas il n’en sera exempté ni tous les autres groupes»(13). Si la force et la possibilité viennent à manquer dans certains pays, rien n’empêche de pratiquer la prédication, pour accomplir le djihad abstrait que nécessite la période durant laquelle les musulmans sont en faiblesse et incapables. La construction et la préparation, en réalité, resteront d’actualité. Le djihad contre les mécréants, de façon générale, perdurera, avec les moyens disponibles en période de faiblesse pour préserver la terre des musulmans contre les ennemis de l’Islam et de la religion, et le djihad sera ainsi pérenne et ne disparaîtra en aucun cas.

Il importe, ensuite, de savoir que le djihad contre les mécréants par les biens et les personnes devient une obligation pour tout musulman pour repousser l’agression des mécréants en terre d’Islam et pour les en éloigner, lorsque ces derniers viennent pour l’occuper et cela fait l’unanimité. C’est, là, le djihad de défense, car «Repousser leur mal de la religion, des personnes et de l’honneur est obligatoire sans divergence [entre les oulémas]»(14). Cette catégorie de djihad ne demande d’autre condition que la possibilité de le faire et la capacité évaluée à sa juste valeur. Ibn Taymiyya رحمه الله a expliqué la différence entre les deux catégories du djihad, défensif et offensif, en disant : «Quant au djihad défensif, il est le plus dur des cas de figure où l’on doit repousser l’agresseur qui s’en prend à l’honneur et à la religion, et il est obligatoire sans divergence ; rien n’est plus obligatoire, après la foi, que de repousser l’ennemi venu corrompre la vie et la religion. Cela n’a aucune condition ; il faut seulement le repousser autant qu’on peut. Les savants, ceux de notre école juridique et les autres, l’ont clairement exprimé. Il convient, donc, de différencier entre le fait de repousser l’agresseur mécréant et de l’attaquer dans son pays.»(15)

Le djihad offensif contre les mécréants nécessite des conditions pour être obligatoire(16) ; cela n’empêche pas que la question du djihad, qu’il soit offensif ou défensif, soit délégué à l’Imam (le dirigeant), surtout concernant le djihad offensif. On ne doit ni le devancer ni agir indépendamment de lui, et le combat ne doit être mené qu’avec sa permission, sauf dans le cas où les gens craignent que l’ennemi ne les surprenne et redoutent ses méfaits. Ibn Qoudâma رحمه الله a dit : «La question du djihad est déléguée à l’imam et à son effort de réflexion, et son peuple devra lui obéir dans sa décision.»(17) Il dit رحمه الله dans un autre passage : «Ils ne doivent sortir qu’avec la permission du gouvernant, car la question de guerre lui incombe ; il sait mieux [que quiconque] si les ennemis sont en grand ou en moindre nombre. Il connaît mieux leurs embuscades et leurs ruses. Il faut, donc, revenir à son opinion et cela est meilleur aux musulmans, à moins que l’ennemi ne vienne les surprendre et qu’ils n’aient pas la possibilité de lui demander la permission [à l’imam]. Dans ce cas, il ne leur incombe pas de lui demander sa permission, car l’intérêt réside dans le fait qu’ils combattent et sortent contre l’ennemi, le mal étant inévitable si on laisse agir ce dernier»(18). Il s’avère, donc, obligatoire de demander la permission au gouverneur pour combattre les mécréants, sauf dans certaines situations exceptionnelles. Il incombe de combattre avec lui si cela est possible, de ne pas chercher à le renverser ni prendre les armes contre lui. En effet, parmi les fondements des gens de la Sounna et du Groupe, il y a le fait de s’attacher au groupe, de ne pas lutter contre les gouverneurs et de délaisser de combattre en période de troubles(19). Les gens de la Sounna considèrent, donc, qu’il est obligatoire de s’unir sur la voie de la prophétie et celle des pieux Salafs. Cette union n’est complète que par le fait d’écouter et d’obéir, dans ce qui est convenable, à celui qui nous dirige, même s’il est un esclave abyssin et quel que soit son degré de droiture. Le djihad reste toujours valable, avec les dirigeants pieux comme avec les pécheurs. Le groupe secouru considère qu’il est obligatoire d’accomplir le djihad contre les associateurs, les prières du vendredi et de l’Aïd et toutes les autres pratiques islamiques collectives avec les dirigeants, qu’ils soient vertueux ou pécheurs, tant que leur désobéissance ne fait pas sortir de l’Islam. Ibn Battâl رحمه الله a dit : «Les savants du Fiqh sont unanimes à dire que le dirigeant qui a pris le dessus doit être obéi, tant qu’il pratique les prières du vendredi et le djihad, et pour dire que lui obéir est meilleur que de se rebeller contre lui, car cela préserve la vie des gens et apaise les insensés»(20). En effet, exclure les dirigeants est une division, une divergence et une cause pour semer la discorde entre les musulmans ; le sang qui coulera, les droits qui seront négligés et l’instabilité qui s’installera en seront la conséquence qui affaiblira les musulmans et aidera à la domination de leurs ennemis. Ibn Hajar رحمه الله a dit, en commentant le hadith : «Malheur aux Arabes, car, certes, un mal approche.»(21: «Le mal désigne, ici, les évènements qui se sont déroulés suite à l’assassinat de `Othmân, après lequel les troubles se sont succédé, au point que les Arabes se retrouvent entre les peuples tels un plat au milieu des convives, comme cela est dit dans l’autre hadith»(22). Ibn `Abd Al-Barr رحمه الله a dit : «Patienter et obéir au gouverneur injuste sont meilleurs que de se rebeller contre lui, car le fait de chercher à le renverser et à se rebeller contre lui entraîne que la peur remplacera la sécurité, le sang coulera, les insensés se défouleront, que l’on complote contre les musulmans et que le désordre s’installera, or, tout cela est plus néfaste que de patienter vis-à-vis de l’injustice des gouverneurs»(23). Ibn Taymiyya رحمه الله a dit : «C’est pourquoi ce qui est connu de la voie des gens de la Sounna est qu’ils désavouent le fait de se rebeller contre les dirigeants et de les combattre par l’épée – et ce, même s’il existe en eux quelques injustices – comme le prouvent les hadiths authentiques et répandus du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم. En effet, le mal qui découle de la lutte et des troubles est plus grand que le mal qui découle de leur injustice qui a lieu sans qu’il n’y ait ni combat ni troubles. On évite(24), donc, le plus grand des deux maux en choisissant le moindre. De plus, on ne connaît pratiquement aucun groupe qui se soit révolté contre un dirigeant sans que sa rébellion n’ait entraîné un mal plus grand que le mal qu’il a fait disparaître»(25).

Cela ne signifie pas approuver les péchés et les agissements des gouverneurs allant dans l’encontre de la Charia. Il est, plutôt, obligatoire de détester leurs agissements et de les blâmer, selon la capacité que l’on a pour réformer et conseiller, sans désobéir ni créer des vagues de contestation, de perturbation, de manifestation, de sit-in, de distributions de tracts et autres injures et accusations dirigées contre le gouvernant et ses auxiliaires, sans non plus se rebeller contre lui par les armes ou tout autre moyen menaçant la sécurité et la stabilité. Cela est interdit dans le cas où la révolte est organisée sous forme de factions partisanes et djihadistes, comme dans le cas où la révolte n’est pas organisée, à l’instar des révoltés qui n’ont pas patienté vis-à-vis de l’injustice des gouverneurs. Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : «Celui à la tête de qui un dirigeant prend place et qui le voit faire certains péchés ; qu’il déteste ce qu’il commet comme péchés et qu’il ne cesse de lui obéir.»(26) Il صلَّى الله عليه وسلَّم dit aussi : «Celui qui déteste quelque chose chez son dirigeant, qu’il soit patient envers lui, car personne ne cesse d’obéir – aussi peu soit-il – au dirigeant et meurt dans cette situation sans qu’il ne meurt d’une mort digne de la Jâhiliyya.»(27)

En se basant sur cette croyance, on peut affirmer qu’il n’existe aucune légitimité religieuse aux groupes djihadistes contemporains fondés sur la rébellion contre le gouverneur musulman, qui se révoltent contre lui par les armes, de même qu’ils ne peuvent avoir nulle légitimité pour combattre les mécréants sans la permission du gouverneur qui pratique le djihad ou sans être sous son ordre et sa direction, ou sous l’ordre de celui qu’il a désigné pour le djihad. Aussi, il incombe au peuple de lui obéir dans ce qu’il décidera concernant cette question, sauf en l’absence d’un gouverneur général ou dans le cas où ce dernier a annulé ce devoir qu’est le djihad sans excuse religieusement acceptable, ou si l’on craint qu’un intérêt résidant dans le djihad défensif ne s’estompe, ou si l’on craint qu’un ennemi à l’affût n’attaque et ne s’en prenne aux gens et aux enfants. Dans ces cas, la permission du gouverneur n’est pas une condition ni le fait de combattre avec lui. L’imam Ahmad رحمه الله a dit : «S’ils craignent pour leurs personnes et leurs enfants, il n’y a pas de mal à ce qu’ils combattent avant que le dirigeant ne le permette ; par contre, s’ils ne craignent pas pour leurs personnes et leurs enfants, ils ne doivent pas combattre sans la permission du dirigeant.»(28)

Ibn Qoudâma رحمه الله a dit : «S’il n’y a pas de gouverneur, le djihad ne doit pas être retardé, car l’intérêt serait perdu si on le retarde.»(29)

Cela dit, le hadith mentionné dans la question comporte une allusion au fait que le djihad était accompli avec la permission du dirigeant et sous son ordre. Le cheikh Mohammad Nâssir Ad-Dîn Al-Albâni رحمه الله a commenté le mot «leur chef» en disant qu’il est Al-Mahdi, qui est Mohammad Ibn `Abd Allâh, qui dirigera cette communauté à [l’approche de] la fin des temps et derrière lequel `Isâ Ibn Maryam عليه السلام effectuera la salat, comme l’affirment de très nombreux hadiths rapportés par des chaînes de transmission dont certaines sont qualifiés de Sahîh et d’autres de Hassan(30).

Dans ce sens, Al-Âjourri رحمه الله a dit : «J’ai, certes, cité des paroles mettant en garde contre les voies des Kharidjites suffisantes pour celui qu’Allah a préservé de leur voie, qui n’a pas adopté leur opinion, qui est endurant devant l’injustice des dirigeants, ne se révolte pas contre eux par l’épée, implore Allah de le débarrasser lui et les musulmans de leur injustice, prie pour que les dirigeants soient vertueux, accomplit le pèlerinage avec eux, combat à leurs côtés contre tout ennemi des musulmans, accomplit avec eux les prières du vendredi et de l’Aïd. S’ils lui ordonnent d’accomplir un acte d’obéissance il leur obéit – s’il en a la possibilité –, dans le cas contraire, il s’en excusera auprès d’eux. S’ils lui ordonnent de commettre un acte de désobéissance, il ne leur obéit pas. Si des troubles et des conflits s’opposent entre les dirigeants, il restera chez lui en retenant sa langue et sa main ; il ne convoitera pas leur situation et n’apportera pas son aide afin d’alimenter les troubles. Celui dont telle est la description est sur le droit chemin, si Allah le veut.»(31)

Dernièrement, chaque pays dont les habitants souffrent de faiblesse dans leur croyance et d’incapacité à accomplir le djihad, traverse, en fait, une étape qui nécessite une prédication ayant pour but d’œuvrer pour créer une communauté vertueuse, qui lutte dans le sentier d’Allah, en fonction des besoins qu’implique cette étape, telles que, d’une part, la préparation et la construction, car Allah a dit :

﴿هُوَ الَّذِي بَعَثَ فِي الأُمِّيِّينَ رَسُولاً مِنْهُمْ يَتْلُو عَلَيْهِمْ آيَاتِهِ وَيُزَكِّيهِمْ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَإِنْ كَانُوا مِنْ قَبْلُ لَفِي ضَلاَلٍ مُبِينٍ﴾ [الجمعة: 2].

C’est Lui qui a envoyé chez les illettrés un Messager issu d’eux-mêmes, qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, alors qu’ils étaient auparavant dans un égarement évident.﴿ [Al-Joumou`a : 2].

Il a dit aussi :

﴿لَقَدْ مَنَّ اللهُ عَلَى الْمُؤْمِنِينَ إِذْ بَعَثَ فِيهِمْ رَسُولاً مِنْ أَنْفُسِهِمْ يَتْلُو عَلَيْهِمْ آيَاتِهِ وَيُزَكِّيهِمْ وَيُعَلِّمُهُمُ الْكِتَابَ وَالْحِكْمَةَ وَإِنْ كَانُوا مِنْ قَبْلُ لَفِي ضَلاَلٍ مُبِينٍ﴾ [آل عمران: 164].

Allah a fait grâce aux croyants en leur envoyant un Messager issu d’eux-mêmes qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, alors qu’ils étaient auparavant dans un égarement évident.﴿ [Âl `Imrân (La Famille d’Imran) : 164].

Et, d’autre part, pour dresser les arguments d’Allah à l’encontre des associateurs et des mécréants, car Allah a dit :

﴿رُسُلاً مُبَشِّرِينَ وَمُنْذِرِينَ لِئَلاَّ يَكُونَ لِلنَّاسِ عَلَى اللهِ حُجَّةٌ بَعْدَ الرُّسُلِ وَكَانَ اللهُ عَزِيزًا حَكِيمًا﴾ [النساء: 165].

Des messagers annonciateurs et avertisseurs, afin que les gens n’aient aucun argument devant Allah après les messagers et Allah est Glorieux et Sage.﴿ [An-Nissâ' (Les Femmes) : 165].

En effet, le principal objectif de ce djihad par la prédication est de faire sortir les gens des ténèbres vers la lumière et de les guider vers le droit chemin d’Allah. Mais, cela n’empêche pas qu’il existe un groupe doté de force et qui combat dans le sentier d’Allah selon ses capacités, car le devoir du djihad perdurera jusqu’au Jour de la Résurrection et ne cessera jamais. Chacun est utilisé dans l’obéissance à Allah ; il est dit dans un hadith : «Allah ne cesse de planter dans cette religion des plantations qu’Il utilise dans Son obéissance.»(32)

Le groupe secouru – entre celui-ci et celui-là – ne cessera d’exister avec ses caractéristiques, et de combattre par les différentes manières de djihad ; par la personne, par les biens et par le fait d’appeler à Allah avec arguments, le tout pour concrétiser la mission de cette communauté à travers le djihad, mission que Rib`i Ibn `Âmir رضي الله عنه a résumée lorsque Sa`d Ibn Abi Waqqâs l’a envoyé vers Roustoum, le commandant des Perses, quand ce dernier lui dit : «Pourquoi êtes-vous venus ?» Il dit : «Allah nous a envoyés pour faire sortir qui Il voudra de l’adoration des créatures vers l’adoration d’Allah, de l’étroitesse de ce bas-monde vers sa largesse, et de l’injustice des religions vers la justice de l’Islam.»(33)

 



(1) Rapporté par Mouslim dans «Al-Îmân» n°156, d’après Jâbir رضي الله عنهما.

(2) Rapporté par Mouslim dans «Al-Imâra» n°1922 et Ahmad dans son Mousnad : n°20985, d’après Jâbir Ibn Samoura Ibn Jounâda Ibn Joundoub رضي الله عنهما.

(3) Rapporté par Al-Boukhâri dans «At-Tawhîd» n°7460 et Mouslim dans «Al-Imâra» n°1037, d’après Mou`âwiya Ibn Abi Soufyân رضي الله عنهما.

(4) Le hadith est présent dans les deux Sahihs et autres en divers termes, parmi lesquels ce qu’a rapporté Mouslim dans «Al-Imâra» n°1037, d’après Mou`âwiya Ibn Abi Soufyân رضي الله عنهما. Le texte complet est : «Un groupe de ma communauté ne cessera d’accomplir l’ordre d’Allah (religieux), sans que ceux qui les abandonnent et ceux qui s’opposent à eux ne leur nuisent, jusqu’à ce que vienne l’Ordre d’Allah (l’approche du Jour de la Résurrection) alors qu’ils sont au-dessus des gens».

(5) Rapporté par Mouslim dans «Al-Imâra» n°1925, d’après Sa`d Ibn Abi Waqqâs رضي الله عنه: «Les gens de l’ouest ne cesseront d’être supérieurs et sur la vérité jusqu’à ce que l’Heure survienne».

(6) Majmoû` Al-Fatâwa d’Ibn Taymiyya : (28/ 531).

(7) Majmoû` Al-Fatâwa d’Ibn Taymiyya : (28/ 532-534).

(8) Majmoû` Al-Fatâwa d’Ibn Taymiyya : (11/ 197).

(9) Rapporté par Ahmad dans son Mousnad : n°12246, et Abou Dâwoûd dans «Al-Jihâd» n°2504, d’après Anas رضي الله عنه; jugé Sahih par Al-Albâni dans Sahîh Al-Jâmi` : n°3090.

(10) Rapporté par Mouslim dans «les Mérites des Compagnons رضي الله عنهم» n°2490, d’après `Â'icha رضي الله عنها, le Messager d’Allah صلَّى الله عليه وسلَّم a dit : «Attaquez Qouraych par la poésie, car elle est plus pénible pour eux que la douleur des flèches»; `Â'icha a mentionné que le prophète صلَّى الله عليه وسلَّم a demandé la présence d’Ibn Rawâha, puis Ka`b Ibn Mâlik, puis Hassân, et on y trouve la parole du Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم à Hassân : «L’Esprit saint ne cesse de te soutenir tant que tu défendras Allah et son Messager».

(11) Souboul As-Salâm d’As-San`âni : (2/ 460).

(12) Zâd Al-Ma`âd d’Ibn Al-Qayyim : (3/ 11).

(13) Ad-Dourar As-Saniyya : (8/ 202).

(14) Al-Fatâwa Al-Koubra d’Ibn Taymiyya : (5/ 537).

(15) Al-Fatâwa Al-Koubra d’Ibn Taymiyya : (5/ 538).

(16) Les conditions pour que le djihad soit obligatoire sont : l’Islam, la raison, la puberté, être un homme, avoir les moyens pour le djihad, être à l’abri de tout mal et ne pas être interdit de combat par le dirigeant. Voir : At-Tâj Wal-Iklîl d’Al-Mawwâq : (4/ 538), Al-Mawsoû`a Al-Kouwaytiyya : (16/ 137).

(17) Al-Moughni d’Ibn Qoudâma : (9/ 202).

(18) Al-Moughni d’Ibn Qoudâma : (9/ 213).

(19) Voir : Majmoû` Al-Fatâwa d’Ibn Taymiyya : (28/ 128).

(20) Charh Sahîh Al-Boukhâri d’Ibn Battâl : (10/ 8).

(21) Rapporté par Al-Boukhâri dans «Les Hadiths sur les prophètes» n°3346 et Mouslim dans «Les Troubles et les signes de l’Heure» n°2880 ; d’après Zaynab Bint Abi Salama ; selon Oumm Habîba Bint Abi Sufyân ; selon Zaynab bint Jahch رضي الله عنهم.

(22) Fat’h Al-Bâri d’Ibn Hajar : (13/ 107).

(23) Al-Istidhkâr d’Ibn `Abd Al-Barr : (14/ 40).

(24) Dans Minhâj As-Sounna : «On n’évite pas, donc,» ce qui est une faute.

(25) Minhâj As-Sounna An-Nabawiyya d’Ibn Taymiyya : (3/ 231).

(26) Rapporté par Mouslim dans «Al-Imâra» n°1855 ; d’après `Awf Ibn Mâlik Al-Achja`i رضي الله عنه.

(27) Rapporté par Al-Boukhâri dans «Al-Fitan» n°7053 ; et Mouslim dans «Al-Imâra» n°1849 (le texte est le sien), d’après Ibn `Abbâs رضي الله عنهما.

(28) Les questions de l’imam Ahmad rapportées par son fils `Abd Allâh : p.259.

(29) Al-Moughni d’Ibn Qoudâma : (9/ 202).

(30) Voir : As-Silsilat As-Sahîha d’Al-Albâni : (5/ 278, 371-372).

(31) Ach-Charî`a d’Al Âjourri : (p.40).

(32) Rapporté par Ahmad dans son Mousnad : n°17787 et Ibn Mâja n°8, d’après Abou `Inaba Al-Khawlâni رضي الله عنه; jugé Hassan par Al-Albâni dans As-Silsila As-Sahîha : (5/ 571), n°2442.

(33) Al-Bidâya Wan-Nihâya d’Ibn Kathîr : (7/ 39) ; Al-Kâmil Fi At-Târîkh d’Ibn Al-Athîr : (2/ 320).