Comment se comporter avec une sœur alcoolique ? | Le site officiel du Cheikh Mohamed Ali FERKOUS
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Jeudi 17 Rabî` Eth-Thânî 1442 H - 03 décembre 2020 G

Fatwa n° 357
Catégorie :
Fatwas diverses – L’éthique

Comment se comporter avec une sœur alcoolique ?

Question :

Un frère demande comment se comporter avec sa sœur qui est devenue alcoolique. Aussi bien qu’elle accomplit certains devoirs religieux ? Qu’Allâh vous récompense de la meilleure manière.

 

Réponse :

Louange à Allâh, Maître des Mondes ; et paix et salut sur celui qu’Allâh a envoyé comme miséricorde pour le monde entier, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu’au Jour de la Résurrection. Cela dit :

Sache que fréquenter les gens qui désobéissent [à Allâh] et les personnes perverses est interdit par la religion. Il n’est pas permis, initialement, d’instaurer un lien de fraternité avec eux. Il obligatoire enfin de s’écarter de lui. Car le jugement religieux qui s’avère attesté pour une raison valable, [cette dernière] rendra nulle toute analogie s’il en fait défaut. La raison valable justifiant la fraternité religieuse est bel et bien l’entraide dans la religion, et cela ne dure pas en commettant les actes de désobéissance. 

Sache que respecter le lien de parenté est obligatoire, le couper est interdit par la religion. Le strict minimum de ce lien de parenté c’est de parler [à ta sœur], ne serait-ce que par le salut, et ne pas s’écarter d’elle. Le lien de parenté est un droit affirmé qu’il est obligatoire de respecter. Parmi ses formes, figure le fait de ne pas négliger le parent pendant les jours de son épreuve, de son besoin et de son indigence. Et l’indigence religieuse est plus grande et plus importante que l’indigence matérielle.     

S’appuyant sur ce qui vient d’être dit, même si ta sœur est accro à l’alcool et aux actes de désobéissance, elle est injuste envers elle-même en commettant ce qu’Allâh – qu’Il soit Très-Haut – a interdit. En délaissant certaines obligations religieuses qui n’atteignent pas la mécréance majeure, elle mérite d’être désavouée du point de vue de sa désobéissance, et de s’allier à elle du point de vue de sa foi, conformément à ce qu’a rapporté Al-Boukhârî que ‘Abd Allâh ibn Himâr buvait du vin. On le ramena au Messager d’Allâh صلَّى الله عليه وسلَّم, un homme le maudit et dit : « Combien de fois l’a-t-on amené [pour le fouetter] » ! Le Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم dit alors : «Ne le maudis pas. Par Allâh ! Je sais qu’il aime Allâh et Son Messager. »(1) Elle est considérée de plus comme une partie de la lignée. Il n’est pas permis de s’écarter absolument d’un proche parent, selon l’avis le plus prépondérant des écoles des savants. Se désavouer d’une personne qui commet un acte de désobéissance ne signifie pas qu’on lui porte préjudice par les paroles ou par les actes. On doit plutôt avoir un bon comportement [avec lui]. Cela est considéré comme une noble morale commandée par le Législateur et vers laquelle incite la religion. Allâhسبحانه a dit propos des parents polythéistes et des mécréants pacifiques en général :

﴿وَإِنْ جَاهَدَاكَ عَلَى أَنْ تُشْرِكَ بِي مَا لَيْسَ لَكَ بِهِ عِلْمٌ فَلاَ تُطِعْهُمَا وَصَاحِبْهُمَا فِي الدُّنْيَا مَعْرُوفًا[لقمان: 15]

Sens du verset :

Et si tous deux te forcent à M’associer ce dont tu n’as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas ; mais reste avec eux ici-bas de façon convenable. ﴿[s. Louqmân : v.15] Et Allâh ordonne d’avoir un comportement convenable avec les épouses même si elles sont juives ou chrétiennes, comme Il سبحانه nous a ordonné d’avoir un bonne conduite envers les non-musulman sous notre protection ou avec lesquels nous sommes liés par un pacte en disant :

﴿لاَ يَنْهَاكُمُ اللهُ عَنِ الَّذِينَ لَمْ يُقَاتِلُوكُمْ فِي الدِّينِ وَلَمْ يُخْرِجُوكُمْ مِنْ دِيَارِكُمْ أَنْ تَبَرُّوهُمْ وَتُقْسِطُوا إِلَيْهِمْ إِنَّ اللهَ يُحِبُّ الْمُقْسِطِينَ[الممتحنة: 8]

Sens du verset :

Allâh ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allâh aime les équitables. ﴿[s. Al‑Moumtahina (l’Éprouvée) : v.8]

Le proches ont le même le statut religieux des père et mère. Il nous est obligatoire d’avoir un bon comportement envers eux et de ne pas agréer leurs actes de désobéissance, conformément au caractère général de la Parole d’Allâh سبحانه :

﴿وَاعْبُدُوا اللهَ وَلاَ تُشْرِكُوا بِهِ شَيْئًا وَبِالْوَالِدَيْنِ إِحْسَانًا وَبِذِي الْقُرْبَى وَالْيَتَامَى وَالْمَسَاكِينِ وَالْجَارِ ذِي الْقُرْبَى وَالْجَارِ الْجُنُبِ وَالصَّاحِبِ بِالْجَنْبِ وَابْنِ السَّبِيلِ وَمَا مَلَكَتْ أَيْمَانُكُمْ[النساء:36]

Sens du verset :

Adorez Allâh et ne Lui donnez aucun associé. Agissez avec bonté envers (vos) père et mère, les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le collègue et le voyageur, et les esclaves en votre possession. ﴿ [s. An-Nişâ’ (les Femmes) : v. 36]

De là apparait clairement la différence entre le principe du désaveu et le bon comportement. Cette différence se montre aussi dans la Parole d’Allâh سبحانه au sujet d’Ibrâhîm عليه السلام  qui a dit à son père et à sa communauté :

﴿إِنَّنِي بَرَاءٌ مِمَّا تَعْبُدُونَ[الزخرف: 26]

Sens du verset :

Je désavoue totalement ce que vous adorez. ﴿[s. Az-Zoukhrouf (l’Ornement) : v. 26] et aussi la Parole qu’Allâh adressa à Son Prophète صلَّى الله عليه وسلَّم au sujet de sa tribu :

﴿فَإِنْ عَصَوْكَ فَقُلْ إِنِّي بَرِيءٌ مِمَّا تَعْمَلُونَ[الشعراء: 216]

Sens du verset :

Mais s’ils te désobéissent, dis-leur : Moi, je désavoue ce que vous faites﴿ [s. Ach-Chou‘arâ’ (les Poètes) : v. 216]. Et n’a pas dit : je me désavoue de vous, prenant en considération le droit de parenté et de filiation. Secourir et soutenir les adeptes de la mécréance et des actes de désobéissance est une chose interdite par la religion.

Ce qui convient de faire [à cette sœur] c’est de la conseiller avec douceur, d’une façon à stabiliser ses affaires et à lui rendre sa piété, tant qu’il peut. S’il en incapable et que sa sœur s’entête à commettre les actes de désobéissance, il doit la détester de la même façon qu’il l’avait aimé. Cela est impliqué par [le principe] de la répulsion en Allâh, et ce pour qu’il se désavoue des actes de désobéissance. Car ce qu’elle commet comme acte est abhorré auprès d’Allâh سبحانه.

La répulsion en Allâh ne signifie pas de rompre la relation, comme cela est adopté par certains Compagnons tels Aboû Dhar, Ibn ‘Oumar et autres – qu’Allâh les agrée – ainsi que par certains Suiveurs, dans le cas où l’exhortation ne serait pas utile. Il lui convient plutôt d’observer et de tenir compte de certaines considérations, d’être doux à son égard et de l’aider pour sortir et s’émanciper de cette épreuve qui l’a atteinte, tant qu’il se peut. C’est pourquoi quand on a dit à Aboû Dardâ’ رضي الله عنه : « Ne détestes-tu pas ton frère alors qu’il a fait telle chose ? » il répond : « Je déteste plutôt son œuvre, sinon il est mon frère. » La fraternité religieuse est plus consistante que la fraternité de sang.

Ensuite, nous savons qu’à l’époque du Messager صلَّى الله عليه وسلَّم les Compagnons n’ont pas rompu complètement leur relation avec ceux qui ont bu le vin et commis des turpitudes. Ils étaient plutôt divisés : il y en a ceux qui tenaient des propos durs et montraient leur répulsion, ceux qui s’en écartaient d’eux et ne les touchaient pas, et ceux qui les regardaient avec compassion et renonçaient au fait de s’éloigner d’eux et de rompre la relation.

Je dis, cela quand il s’agit de la fraternité religieuse, comment serait-il alors lorsque la fraternité religieuse se joint à la fraternité parentale ?

Tout cela concerne l’erreur commise en religion ; mais les actes de désobéissance commis dans un moment d’insouciance et sans persistance, et qui sont regrettés, il incombe au musulman de les cacher, de les couvrir, de les pardonner et de chercher de probables excuses, c’est-à-dire : tout ce qui pourrait être compris de la meilleure façon, et [du moment] qu’il est possible de lui trouver une excuse [justifiant son acte], cela devient alors obligatoire du point de vue du droit de la fraternité religieuse. 

Le savoir parfait appartient à Allâh, et notre dernière invocation est qu’Allâh, Seigneur des Mondes, soit loué et que prière et salut soient sur notre Prophète, ainsi que sur sa Famille, ses Compagnons et ses Frères jusqu'au Jour de la Résurrection.

 


(1)  Rapport par Al-Boukhârî (6780), d’après ‘Oumar ibn Al-Khattâb رضي الله عنه.